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Accusé de racisme, Rachid Achachi persiste et signe

Le chroniqueur de Luxe Radio, Rachid Achachi a été lynché sur Twitter pour ses propos jugés racistes au sujet de l’abolition de l’esclavage. Imperturbable, il s’explique.

A l’ère du Coronavirus, les protestations de la communauté afro-américaine contre les violences policières qui ont éclaté aux Etats-Unis étaient l’occasion de changer de débats sur Luxe Radio. Mais la discussion, parties du décès de George Floyd sous le genou d’un policier blanc le 25 mai dernier, a pris une tournure inattendue.

Rachid Achachi, l’un des chroniqueurs vedettes de la radio, connu pour ses positions jugées parfois déconcertantes, s’est prononcé concernant l’abolition de l’esclavage, d’une manière qui a fait froncer quelques sourcils.  “En réalité, dans l’histoire des États-Unis, les noirs ne se sont pas affranchis, mais ce sont les blancs qui ont libéré les noirs…”, a lâché Achachi, mardi dernier.

Le chroniqueur a ensuite appuyé ses propos en expliquant que l’abolition de l’esclavage est le fruit de la victoire du Nord “L’Union” (abolitionnistes) dirigée par Abraham Lincoln sur le Sud “les États confédérés” (esclavagistes) dirigés par Jefferson Davis, lors de la guerre de sécession “The Civil War” entre 1861 et 1865. “C’est la guerre du nord et du Sud, et c’est le Nord, capitaliste, qui a affranchi les noirs

Le débat sur Luxe Radio a duré une vingtaine de minutes. Il n’en fallait pas plus pour que la toile s’embrase. La Twittoma a largement repris le discours d’Achachi, l’accusant entre autres, de racisme et d’extrémisme.

https://twitter.com/fadelabdellaoui/status/1267743404752060416
https://twitter.com/mohamedghz/status/1267790397482336256

Intérrogé à ce sujet par Laklika, Rachid Achachi s’explique. Selon lui, ses propos ont été sortis de leur contexte.

“Je n’adapte pas mon discours en fonction du politiquement correcte”

Cette pseudo-polémique est partie d’un extrait d’une minute et 30 secondes, qui a lui même été extrait d’un débat qui a duré 20 minutes… c’est hors contexte“, nous confie dans un premier temps Rachid Achachi.

Dans l’histoire, la démocratie aux Etats-Unis a été bâtie sur un fondement racial blanc, WASP (White anglo-saxon protestant qui se traduit par Protestant anglo-saxon blanc NDLR) (…) cette démocratie qui a été pensé par les blancs pour les blancs, a déraciné des millions de noirs, qu’elle a projeté dans un schéma d’esclavagisme, et d’exploitation, la plus abjecte”, a-t-il ajouté en précisant qu’au Etats-Unis il y a eu une double dynamique.

Le chercheur évoque une dynamique au niveau du sud du pays, qui s’est cristallisée autour d’une économie agraire (les plantations), et une seconde dynamique au nord, qui rime avec l’industrialisation et le capitalisme protestant.

A un certain moment dans la dynamique du capitalisme protestant, une main d’oeuvre gratuite certes, mais pas qualifiée et qui en plus est à la charge du capitaliste, est devenue tout a fait non rentable” estime le chroniqueur.

Ainsi, c’est “en puisant dans le discours des lumières, des droits de l’homme…il y avait des gens qui ont vu une opportunité, pour prendre le beurre et l’argent du beurre“, renchérit Achachi.

Peuple déraciné

Alors qu’il explique en détail sa perception de l’abolition de l’esclavage, Rachid Achachi relève un point qu’il estime essentiel dans la compréhension correcte de ses propos. Il souligne le déracinement de la population noire venue d’Afrique, qui selon lui, a été projetée dans un univers principalement “blanc et protestant”.

Le problème de la population noire d’Amérique, c’est qu’elle a été brutalement déracinée, de son terreau premier: l’Afrique. Elle a donc perdu tout lien avec son ‘Africanité’ (…) elle a été projetée dans un monde qui n’a pas été construit pour elle“, note Achachi. Et d’ajouter: “Quand on a un peuple qui a été déraciné pendant des siècles, qui a été aliéné et dépossédé de sa culture… il prend beaucoup plus de temps à prendre conscience de lui même

Achachi s’appuie sur Hegel et la dynamique d’émancipation (en-soi/pour-soi)

Rachid Achachi poursuit ses explications en partant d’un principe philosophique relevé par le philosophe allemand, Georg Wilhelm Friedrich Hegel et repris par Karl Marx. “Un peuple qui n’a pas conscience de lui même (pas d’enracinement, pas d’antériorité historique, de luttes…) c’est un peuple “En-Soi”, quand ce peuple commence à se construire une identité, et commence à prendre conscience de lui même en tant que catégorie politique revendicative, il devient alors un “pour-soi” note le chroniqueur de Luxe Radio.

Lorsqu’on lui évoque les révoltes dans les Antilles et les Caraïbes, il explique que c’est là, deux cas de figures différents.”Les Antilles, c’est autre chose, il y a eu un mouvement révolutionnaire, avec une revendication d’une république indépendante de la France…

En réponse à ceux qui taxent son discours de réactionnaire, Rachid Achachi répond : “A la limite je m’en fiche, je n’adapte pas mon discours en fonction du politiquement correcte. Le politiquement correcte est une tyrannie, une manière d’empêcher la dialectique de la pensée…

Et pour ceux qui auraient encore un doute, Rachid Achachi persiste et signe : “L’abolition de l’esclavage a été une volonté politique et économique des blancs capitalistes du Nord, qui l’ont imposé au Sud agraire”.

Pour lui, il est tout de même intéressant de voir que “le vrai combat des noirs d’Amérique a commencé après l’abolition de l’esclavage, à travers ce qu’on appelle le mouvement d’émancipation des noirs, qui a pris des formes culturelles plurielles, des fois puisées dans l’Islam, (Malcom X, Louis Farrakhan…)

“Tout le travail reste a faire pour la population noire. Les noirs aux Etats-Unis, ne pourront jamais obtenir une reconnaissance totale, tant qu’ils revendiquent quelque chose en utilisant le logiciel et l’argumentaire de ceux qui dominent” , martèle Rachid Achachi.

Voilà de quoi chauffer encore plus ses détracteurs, mais le chroniqueur continue son chemin, imperturbable.